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Histoire de quartier

Beaumont : le quartier arménien de Marseille

Il n'a pas de statut de village historique, pas de place centrale ni de vieux clocher — et pourtant Beaumont porte, plus qu'aucun autre quartier du 12e arrondissement, la mémoire d'un exil qui a changé le visage de Marseille.

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Beaumont ne figure pas parmi les 111 quartiers-villages historiques recensés à Marseille : il n'a pas de noyau villageois ancien, et certaines classifications le rangent parmi les « quartiers non officiels », reconnus par l'usage plutôt que par l'histoire urbaine. Il correspond néanmoins à une subdivision statistique de l'INSEE, et surtout à une réalité vécue et affirmée : le quartier compte pas moins de deux comités d'intérêt de quartier, le CIQ Beaumont Centre et le CIQ Beaumont Plateau — la preuve d'une identité locale bien réelle, indépendamment de son statut administratif. Le quartier compte aujourd'hui environ 2 525 habitants, pour 1 223 logements (703 maisons et 516 appartements) — un profil largement pavillonnaire, rare dans le 12e arrondissement.

Mais s'il fallait résumer Beaumont en une phrase, ce serait celle-ci : c'est le quartier arménien de Marseille. De nombreuses familles y vivent depuis plusieurs générations, descendantes de celles qui ont fui le génocide de 1915. Cette histoire n'est pas un simple fait divers du passé : elle continue de s'incarner aujourd'hui dans les rues, les commerces et les lieux de culte du quartier.

1915-1928 : l'exil qui a façonné le quartier

Pour comprendre Beaumont, il faut remonter au génocide arménien, perpétré à partir de 1915 par le gouvernement Jeune-Turc et qui fait environ 1,5 million de victimes. Le traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923, marque le début de l'afflux principal de réfugiés vers la France. Les arrivées, amorcées dès la fin de la Première Guerre mondiale, s'accélèrent nettement à partir de septembre 1922 : près de 60 000 Arméniens débarquent à Marseille entre 1922 et 1928, faisant du port phocéen l'une des principales portes d'entrée de la diaspora arménienne en France.

Les réfugiés sont d'abord accueillis dans des camps militaires rudimentaires, aux noms aujourd'hui presque oubliés : Sainte-Marthe, Sainte-Anne, Victor-Hugo, Saint-Jérôme, Saint-Loup, et le camp Oddo, fermé en 1927 après avoir accueilli environ 5 500 réfugiés — c'est là, en 1924, qu'est fondé le mouvement scout arménien Homenetmen. De ces camps provisoires, les familles arméniennes s'installent progressivement dans les zones alors les plus abordables de la ville : Beaumont, Saint-Loup, Saint-Jérôme et Saint-Antoine deviennent ainsi de véritables « petites Arménies ».

Une présence plus ancienne qu'on ne le croit L'histoire arménienne à Marseille ne commence pas en 1915. Un quartier arménien existait déjà au XVIIe siècle près de l'actuel Hôtel de Ville, et la première imprimerie arménienne de la ville ouvre dès 1669, rue de la Loge, sous l'impulsion de l'archevêque Oskan Yerevantsi. La présence arménienne à Marseille précède donc le génocide de près de trois siècles — Beaumont s'inscrit dans la continuité de cette histoire longue, plus qu'il n'en marque le commencement.

Cette communauté s'organise rapidement : l'Union Nationale Arménienne est fondée à Marseille dès 1923, et l'école Hamaskaïne dispense depuis lors une éducation franco-arménienne. On estime aujourd'hui à environ 80 000 le nombre d'Arméniens et de descendants d'Arméniens vivant à Marseille — faisant de la ville l'une des principales communautés arméniennes de France.

L'avenue du 24-Avril-1915 : une rue qui porte une date

Au cœur de Beaumont, l'avenue du 24-Avril-1915 — ex-avenue Saint-Julien, rebaptisée le 30 juin 1980 par délibération du conseil municipal — relie sur environ 1,48 km Saint-Barnabé à Saint-Julien. Son nom rend hommage à la rafle des intellectuels arméniens de Constantinople, dans la nuit du 24 avril 1915 : entre 235 et 270 personnalités — écrivains, médecins, avocats, religieux — sont arrêtées cette nuit-là, avant que les arrestations ne s'étendent à environ 2 345 personnes déportées. Cette date est aujourd'hui reconnue comme marquant le début du génocide arménien, et donne lieu chaque année, le 24 avril, à une cérémonie de commémoration à Marseille.

Deux mémoriaux à Marseille — à ne pas confondre Le Mémorial du génocide de Marseille, à Beaumont même, se trouve au tout début de l'avenue du 24-Avril-1915, à l'intersection de la rue Charles-Kaddouz. Inauguré en 2006 en écho au mémorial de Tsitsernakaberd à Erevan, il prend la forme d'un cercle en pierre de 21 mètres de diamètre extérieur, composé de douze pierres disposées en cercle autour d'une flamme éternelle. Financé à hauteur de 600 000 € sur fonds publics, il a remplacé une stèle plus ancienne et a été le tout premier événement de l'Année de l'Arménie en France (2006-2007).

Il ne faut pas le confondre avec le Monument du génocide de Marseille, bien plus ancien, situé avenue du Prado dans le 8e arrondissement, dans les jardins de la cathédrale arménienne des Saints-Traducteurs — hors du secteur d'intervention de l'agence, mais qui mérite d'être cité pour la mémoire collective marseillaise : inauguré le 11 février 1973, œuvre du sculpteur Alain Pirian, il fut l'un des tout premiers monuments de ce type en France, après celui de Décines-Charpieu (4 juin 1972). Son inauguration avait alors provoqué le rappel de l'ambassadeur de Turquie.

Le commerce vivant de Beaumont aujourd'hui

L'histoire de Beaumont ne se limite pas à la mémoire et aux commémorations : elle s'incarne au quotidien, sur l'avenue du 24-Avril-1915 et ses abords, à travers des commerces qui perpétuent la culture et la gastronomie arméniennes.

Sassoun — traiteur et pâtisserie arménienne

168 avenue du 24 Avril 1915, 13012 Marseille. Mezze, plats salés (dont la traditionnelle pizza arménienne), aubergines farcies et pâtisseries orientales.

Rôtisserie Chez Cot

Avenue du 24 Avril 1915, 13012 Marseille, à deux pas de Sassoun. Une adresse tenue par Romain De Bono, qui régale les habitués du quartier.

Mayrig — épicerie arménienne

9 avenue de la Rosière, 13012 Marseille. Produits et saveurs du Moyen-Orient, aux portes de Beaumont.

Sur le plan religieux, Beaumont abrite deux lieux de culte arméniens : l'église apostolique arménienne Saint-Grégoire-l'Illuminateur, 8 impasse des Monts, consacrée le 25 décembre 1932, et l'église évangélique arménienne EEA Beaumont, 30 avenue de la Figonne. Sept autres églises arméniennes existent ailleurs à Marseille, notamment à Saint-Jérôme, Saint-Antoine, Saint-Loup et au Prado — signe de l'ampleur de la présence arménienne dans la ville tout entière.

Vous vivez, achetez ou vendez à Beaumont ? ORPI Agence du Village, implantée avenue de Montolivet depuis 2011, connaît ce secteur du 12e arrondissement dans le détail.

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Questions fréquentes

Pourquoi Beaumont est-il considéré comme le quartier arménien de Marseille ?

Beaumont a accueilli, à partir des années 1920, de nombreuses familles arméniennes rescapées du génocide de 1915, arrivées à Marseille via le traité de Lausanne (1923). L'avenue du 24-Avril-1915 et son mémorial en portent aujourd'hui la mémoire.

Pourquoi l'avenue du 24-Avril-1915 porte-t-elle ce nom ?

En hommage à la rafle des intellectuels arméniens de Constantinople dans la nuit du 24 avril 1915, considérée comme le point de départ du génocide arménien. Elle a été renommée ainsi le 30 juin 1980.